La solidarité avec le peuple syrien, pas un slogan, un impératif politique…

Plus la Syrie s'enfonce dans la guerre – plus exactement dans des guerres multiples -, plus l'effroi se traduit en désorientation, au risque de tomber dans le piège du renvoi dos-à-dos des divers belligérants et de céder à la tentation du désengagement par rapport à la nécessaire solidarité avec le peuple syrien.

Pour contrer cette menace la première exigence est de ne pas se laisser éblouir par les leurres qui envahissent le champ politique médiatique.

° Bachar al-Assad ne combat pas le « terrorisme », ni ne protège les minorités religieuses, pas plus qu'il ne combat en quoi que ce soit Israël et l’impérialisme…

Il défend son pouvoir tyrannique, de nature mafieuse, et a prouvé qu'il était prêt pour cela à user des moyens les plus barbares, jusqu'à la guerre à outrance contre son peuple.

° Les pouvoirs russe et iranien n’interviennent pas en Syrie pour répondre à la demande d'un Etat souverain allié, en butte à une entreprise de déstabilisation de la part du terrorisme islamiste et/ou résultant d'un complot impérialiste.

Ils ont décidé, au nom de leurs intérêts spécifiques, de sauver le régime des Assad menacé d'effondrement sous la poussée révolutionnaire du peuple syrien.

° L’Administration américaine et ses alliés occidentaux et régionaux n’interviennent pas en Syrie pour défendre le droit international (qui de longue date n'a plus droit de cité dans la région, comme ne le savent que trop les Palestiniens, entre autres peuples) et le droit humanitaire, lesquels ne seraient mis en cause que du fait de l’utilisation de l'arme chimique.

Après sept ans de passivité à l'égard du sort du peuple syrien, les frappes actuellement opérées répondent à des préoccupations autres. L'objectif affirmé d'empêcher de nouvelles utilisations de l'arme chimique contre les populations pèse certainement moins que la préoccupation toute politique de ne pas être évincé des marchandages à venir portant sur le devenir de la Syrie.

Quant aux autres acteurs – Arabie saoudite, Turquie, Israël…-, ils ne prennent pas la peine de recourir à des alibis idéologiques pour justifier des interventions qu'ils reconnaissent guidées par leurs seuls intérêts étatiques et en fonction d'objectifs non dissimulés :

° Le régime turc ne veut pas en Syrie de zone sous domination du PKK kurde.

° L'Arabie saoudite est engagée dans une confrontation avec l'Iran pour l'hégémonie régionale.

° Israël veille à ce que l'Iran et le Hezbollah ne renforcent pas au-delà de certaines limites leur installation en Syrie.

Au milieu de l'imbrication de ces sanglants conflits d'intérêts, tous partagent un même désintérêt pour le sort du peuple syrien, et une hostilité plus ou moins violente à l'égard de la révolution syrienne.

Pour les forces populaires attachées à l'internationalisme et aux droits des peuples, il convient de se garder du piège des indignations sélectives.

La solidarité avec le peuple syrien ne signifie pas indifférence au drame que vit le peuple yéménite, ni pour l'injustice faite au peuple kurde… Dans les contradictions d'une situation de plus en plus complexe il faut déchiffrer les intérêts solidaires des différents peuples, et s'opposer aux manoeuvres des divers Etats travaillant à attiser la guerre de tous contre tous.

Cela ne doit pas conduire pour autant à se revendiquer d'un pacifisme désincarné ou d'un scepticisme désarmant entretenant l'idée qu'il n'y a rien à comprendre ni à juger dans cette jungle des intérêts égoïstes.
Il est en effet possible de mesurer les responsabilités inégales des uns et des autres, et d'établir une hiérarchie des nécessaires dénonciations.

Cela en fonction de critères décisifs et combinés : Quels sont les intérêts défendus par chacun des acteurs ? Quels enjeux donnent les uns et les autres à leurs implications ? De quels moyens usent-ils pour parvenir à leur fins ?

Il n'y pas de commune mesure entre d'une part les récentes frappes occidentales et d'autre part la guerre à outrance que mène le régime de Bachar al-Assad contre son peuple, grâce et avec la participation massive de la Russie et de l’Iran. Constater cela, ce n'est pas approuver la politique occidentale. Et ne pas déplorer qu'une partie de l'arsenal de mort du régime soit neutralisée (si tant est que cela soit confirmé) n'implique pas de décréter que Trump est un type cool, ni entretenir la moindre illusion quant au fait que cela change quoi que ce soit à l'issue du conflit syrien.

En revanche c'est ne pas relativiser la gravité de ce dont le peuple syrien est victime. Tous ces crimes de guerre et crimes contre l'humanité ! L'usage systématique à une échelle de masse des emprisonnements, tortures, viols, disparitions… Les sièges et destructions des villes… La condamnation de populations entières à la famine, au massacre, aux déplacements forcés…

C'est tout cela qu'il faut rappeler en permanence. Sans se laisser duper par les rhétoriques opposées qui se font écho : les unes dénonçant la seule utilisation de l'arme chimique, les autres répliquant qu'en la matière les preuves manquent !

Certes l'usage de l'arme chimique est grave et horrible. Elle est cause de milliers de morts. Les victimes du régime, de l’aviation russe, des milices iraniennes, se chiffrent par centaines de milliers de morts, à quoi ajouter d'autres centaines de milliers de blessés, mutilés, traumatisés… Et des déplacés par millions.
Cela on a laissé faire !

Et la « Communauté internationale » a laissé bafouer systématiquement le droit international dans la région : politique d'Israël à l'égard du peuple palestinien, la catastrophique guerre américaine en Irak, répression du régime syrien contre son peuple, ingérences russe et iranienne en Syrie, guerre de l'Arabie saoudite et des Emirats du golfe au Yémen etc. En ce sens ladite Communauté et le Conseil de sécurité de l'ONU portent une responsabilité écrasante dans la situation actuelle. Cela n'invalide pas dire les principes du droit international, mais qu'on ne devrait pas avoir le droit de les invoquer en fonction d'argumentations à géométrie variable selon les acteurs en cause, ni les instrumentaliser à titre d'alibis couvrant des intérêts étatiques.

Appréhender toute la portée des conséquences de la tragédie syrienne suppose de ne pas occulter ou même relativiser ces données dans leur effrayante dimension. Et donc de rester d’une lucidité sans faille quant au degré de responsabilité des différents acteurs.

Face à cette horrifiante réalité la seule boussole qui vaille pour nous, au milieu du maelström des déchaînements guerriers, est celle de la solidarité avec le peuple syrien, le soutien à sa révolution pour la liberté, la justice et la paix.

Francis, Roland

Type: 
Article
Mardi, 24 Avril, 2018 - 11:39


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